Une fresque pour la Coupe du Monde 1998

En fouillant encore dans l’histoire du graffiti à Nantes, on mesure combien la pratique y est ancrée depuis plus de vingt ans. Il suffit d’écouter des graffeurs raconter ce qu’ils ont vu et vécu, les entendre citer des pseudos (Ozer, Scotie, Comet, Fréon, Œdype, Nex, Pain, Bock, Frote, Jame et bien d’autres) ou se souvenir de crews marquants comme « Reste Bien Cool » (RBC), « Staff Only » (SO), « Nantes sous Tension » (NST)…

On voit comment les groupes ont évolué, grandi, se sont parfois alliés et ont apporté de la diversité. Au fil des années, on observe qu’ils sont de plus en plus nombreux à taguer et graffer sur les murs, dans des terrains ou des squats, entre deux passages au supermarché pour y voler des bombes « parce que ça coûtait cher ». En 1997, la scène graffiti nantaise s’agrandit encore après l’effervescence du premier festival « Energ’hip hop ». Lancé par deux associations (l’Olympic et Trempolino), il est reconduit cinq ans de suite. Ce qui motive des jeunes à faire leurs premiers pas tandis que les plus anciens se retrouvent temporairement pour des peintures collectives, officieuses et officielles.

En 1998, pour la Coupe du Monde de Football, la Ville commande en effet une fresque pour le mur de la route de Saint-Joseph-de-Porterie, près de la Beaujoire. Trois graffeurs nantais de la première heure (Web’s, Shok et Nasher) sont sollicités. Ils peignent aux côtés de Darco, Skyone (sud-africain), Daim et Loomit (venus d’Allemagne), graffeurs renommés mondialement pour leur style et leur technique. «Le graffiti a pour base l’illustration du nom de son auteur. C’est un métier qui n’existe pas en fait, mais ça peut être potentiellement une occupation, ce qui n’est pas négligeable», confiait Darco, alors âgé de 29 ans, ajoutant : «depuis toujours, les êtres humains ont peint dans les zones urbanisées, pour laisser des traces, un passage dans la ville». C’est ce qu’on fait les sept graffeurs en cinq jours, avec 1 500 bombes de peinture pour une surface de 350m2. Sur un fond à dominante bleu-turquoise, arabesques, lettrages, chiffres, flèches, 3D et footballeurs se mélangent sur cette fresque encore visible aujourd’hui, même altérée par le temps.

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