Une activité hors la loi

Avec le tag est loin de l’univers du street art, et c’est dans un tout autre monde que l’on met soudain les pieds. Un monde codé, technique, avec son vocabulaire bien à lui, qui ne semble pas s’adresser au grand public. Pour le tagueur, si l’on comprend bien, le souci n’est pas de plaire. L’objectif est de se créer une identité et de se faire connaître (et reconnaître) de ses pairs, donc de diffuser sa signature le plus possible, en grande quantité et de préférence avec qualité, dans un maximum d’endroits. “On peut juste signer ou faire un lettrage super rapide avec une forme ronde parce que ça va plus vite. Généralement il y a deux couleurs, l’une pour le remplissage, l’autre pour contour. On appelle ça un flop ou un trow-up. En général, on fait ça dans la rue, sur les stores et les camions. Le long des voies ferrées, on fait des lettres massives, plus grosses, avec des rouleaux”, précise un tagueur.

Réalisable en seulement quelques secondes (à la bombe, au marqueur, à l’extincteur ou au tournevis-fraise pour les vitres), le tag (aussi appelé “gueuta” en verlan) est une activité hors la loi, généralement nocturne. Mais elle est considérée comme un exercice de base, un passage obligé pour tout futur graffeur. “J’ai fait des tags quand j’ai découvert le rap. J’aimais bien dessiner. Le graffiti permet de sortir du dessin sur une feuille dans une chambre. Aller dehors ajoute des paramètres, on escalade des murs, on fait des cabrioles. C’est aussi un défoulement, une évacuation des frustations”, explique un graffeur qui ne tague désormais qu’occasionnalement, lors de sorties avec des copains. “Ça m’arrive d’en faire de temps en temps, surtout dans des endroits défoncés, abimés. C’est pour que l’on voit mon passage. Dans d’autres villes, ça me sert de point de repère, je mémorise mieux les lieux où je suis passé”, souligne un autre.

Cela n’empêche pas certains tagueurs de choisir de le rester et de le revendiquer, parfois sous plusieurs pseudonymes, sans passer à autre chose ni tenir compte des peines encourrues par la justice. “Nous, vandales, on est là pour rappeler à ceux qui exposent dans les galeries que toute l’histoire du graff a commencé dans la rue”, confie un graffeur anonyme de 43 ans à la presse locale (Presse-Océan, 12 juin 2012). “Ça ne va pas changer la société, bien sûr, mais c’est un reflet de notre société. C’est un cri contre le reste du monde, une manière d’exister. Quand tu vas taguer une banque, un wagon de première classe ou un resto chic : c’est politique. C’est l’idée de dire : on est là, on existe, et on est sale ! C’est clairement antisytème, tu imposes de la publicité sauvage”, ajoute t-il.

Nantes n’échappe pas à tous ces noms bizarres, parfois d’un gout douteux, qui marquent la ville : 16S, RN, 2PC, NHK, ECK, 3X, Dipse, Mr. Os, Leï1, Glop, Glair, Scuz, Dasc, Bone, Hobos, Lové, Horible, Pubis, Poto, Siko, Bedo, Miack, FMR, The Key, Oracl…, la liste est très très longue.

 

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