Roger Dimanche

Parmi les collages, pochoirs, affiches, autocollants…, certains retiennent davantage l’attention que d’autres : qualité du travail, pertinence, originalité, omniprésence. Des artistes de rue ne font qu’un court passage sur les murs puis disparaissent aussi vite qu’ils sont apparus. D’autres s’inscrivent dans la durée. On finit par les repérer, les chercher, les croiser. Et c’est ainsi que des rencontres se font.

Avec l’immanquable Roger Dimanche par exemple. Difficile de passer à côté de ce professeur d’arts plastiques qui s’est pris de passion pour les lieux abandonnés en 1988. Depuis, en toute illégalité, il promène ses pinceaux sur les murs des usines (des anciennes brasseries de la Meuse à l’île Beaulieu), sur des stations-services désaffectées, sur des bâtiments sinistres, sur des balustrades, le long des routes et des voies ferrées, sous des ponts, sur des rochers… Il y peint d’immenses visages, « parce que c’est fascinant, le regard », toujours identiques pour être reconnaissables. En ville, depuis une éternité et dernièrement du côté du quai Wilson, il pose aussi des pochoirs de Charles Trénet, Serge Gainsbourg, Jim Morrison, Jane Birkin… Et colle des affiches avec des « prout » et des « pouet », des vaches ou des personnages de comics français des années 80. Ni provocation ni acte politique, cette expérience urbaine lui permet de « s’épanouir », de prendre du plaisir et d’interpeller directement le public, hors galerie.

 

" Je suis né en 1952 à Madagascar. J’y ai vécu jusqu'à l’âge de neuf ans avant d’émigrer en France, à Lorient puis à Nantes pour mes études à l’école d’architecture et un mémoire sur l’art urbain. J’ai débuté mes interventions urbaines en 1988, entre pochoirs et sérigraphies. Puis j’ai peint de grands visages sur les friches de l’île de Nantes, sur des piliers de ponts, des immeubles abandonnés.

Mon premier mural illégal, un visage de 3 m par 3 sur le Hangar à bananes côté Loire, était visible à 30 m de distance ! J’allais aussi sur le campus. Un jour, à la fac de droit, j’ai peint au pinceau un visage bleu Klein de 2, 50 m par 4. Tout était tracé, il ne restait que le rouge des lèvres, les paupières et la pupille. C’est alors que j’ai aperçu une 4L Renault avec quatre religieuses, furieuses. Le mur bordait la résidence de leur congrégation. J’ai été obligé de tout recouvrir d’un blanc immaculé !

Une autre fois, sur ce même campus, j’ai peint un après-midi entier au son d’un saxo. Un type répétait sous un auvent, mon pinceau a suivi les courbes de sa musique. Rencontre fortuite, moment de pure grâce ! Ce n’est pas toujours le cas. En 1993, quai André-Rhuys, j’ai écrit au pinceau « Lola est là ». En face, se trouvait la maternité où venait tout juste de naître ma fille. De sa chambre, sa maman me voyait. Jusqu’à l’arrivée d’un fourgon de police. Contrôle des papiers, direction Waldeck. J’en suis ressorti avec un PV pour dégradation du domaine public.

Dans la rue, le jeu c’est d’établir un rapport, plus direct, entre une œuvre et un public. C’est essayer de «  faire partie du paysage », pour le plaisir, sans autorisation. La ville devient un support de communication. C’est aussi un lieu de rencontres et une façon d’explorer de nouveaux territoires en testant les limites. C’est ce que je tente de faire, sans m’enfermer dans une technique spécifique. Pochoir en empreinte, affiches collées, photocopies en agrandissement, étiquettes adhésives... Peu importe le flacon, pourvu qu’on ait l’ivresse ! "

Roger Dimanche

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