Pour la petite histoire...

Pour la petite histoire, depuis Lascaux, les hommes n’ont cessé d’écrire sur les murs. C’est particulièrement le cas des civilisations grecques et romaines qui ont laissé de nombreux signes témoignant de leurs modes de vie, croyances, centres d’intérêt. Dans leurs écrits, des auteurs de l’Antiquité (Cicéron, Aristophane, Pline…) font état de graffiti érotiques et d’inscriptions spontanées ayant la forme de « satires personnelles » ou de « poésies élogieuses. » Annonces électorales, messages de supporters aux athlètes, messages politiques, religieux, érotiques, écrits personnels…: les murs antiques en ont lu de toutes les couleurs ! Généralement rédigés en vers ou en latin vulgaire, avec des fautes d’orthographe ou de grammaire, ces graffiti permettent aux linguistes de connaître le niveau d’alphabétisation des populations. Ils aident aussi les historiens et archéologues à comprendre les événements politiques et la vie quotidienne des peuples.

De l'Agora d'Athènes (VI siècle avant Jésus-Christ) à la Vallée des Rois en Égypte, en passant par les églises européennes du Moyen-Age et les prisons françaises du XVIIIe siècle, les observateurs débusquent des graffiti un peu partout. Certains, parfois très anciens, ont résisté au temps. Les cachots, cellules monacales, casernes, cales des bateaux, carrières souterraines, caves, tours, catacombes… abritent ainsi de nombreuses inscriptions. Les meubles en bois, les tables et bancs d’établissements scolaires, les toilettes publiques, les arbres… font aussi partie des lieux de prédilection des mains anonymes.

Le graffiti est également lié aux événements historiques et politiques. Les révolutions, l’Occupation, la guerre d’Algérie, le mur de Berlin… ont donné voix aux murs. Sans oublier mai 68 et ses fameux « Ne travaillez jamais » (écrit à la craie rue de Seine à Paris dès 1953 par Guy Debord, essayiste et cinéaste), « Il est interdit d’interdire » (attribué à Camille Bryen, poète et peintre nantais), « La poésie est dans la rue », « Écrivez partout », « Assez d’actes, des mots »... À Nantes, les usines en grève ont aussi donné le ton (« Plutôt crever que céder » à Sud-Aviation, première usine occupée en France). Les murs de la faculté de Lettres, les locaux de l’association étudiante, les résidences universitaires… ont eu aussi très largement la parole : « Ni Dieu ni maître », « Rêve-olution », « Aimez-vous les uns sur les autres », « Ne gardez pas votre sang froid », « Déboisez ! », « Créez », « La société c’est de la glu et nous sommes tous des mouches »…

 

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