Persu

En regardant les fresques prendre forme sur des murs, l’envers du décor s’ouvre peu à peu. On voit des graffeurs arriver sur un site à pied, à vélo ou en scooter, chargés d’un lourd sac à dos, toujours habillés de vêtements tachés par les couleurs. On découvre des coffres de voitures remplis de matériel, d’échelles, de pinceaux et de rouleaux, de pots de peinture, de bombes aérosols, de vaporisateurs, de canettes de bières et de bouteilles d’eau quand il fait trop chaud. On entend parler d’extincteurs et de « caps », les embouts des bombes aérosols. On assiste à la préparation du mur, d’abord enduit d’une simple peinture monochrome pour obtenir un fond, encadrer le graff à venir et en faire ressortir les tracés. On entend des « pschitt », on respire la forte odeur des bombes aérosols, ça ne sent pas bon, c’est toxique et ça pollue. On comprend pourquoi certains se protègent d’un masque et portent des gants. Entre deux peintures murales, on écoute aussi toutes sortes de musiques, pas seulement du rap ou du hip-hop, il y a aussi Miles Davis et Claude Nougaro qui sortent des sonos. On est loin des clichés et des étiquettes collées à ce milieu.

De la même façon, l’accueil ne correspond en rien aux préjugés. Avec patience et passion, des graffeurs racontent leurs débuts, expliquent leur travail et les techniques, permettent de mieux comprendre les lettrages et les différents styles d’écriture. On se rend compte que ce n’est pas évident, qu’il faut faire la distinction entre le « simple style » et le « block style » (lettrage avec de grandes lettres carrées), qu’il existe aussi de la 3D et du dégradé, qu’il faut apprendre à différencier le « semi wild » du « wild style » (graff avec des flèches et des lettres enchevêtrées, très stylisées). On constate que certains sortent de ces codes, cassent les repèrent, mélangent plusieurs genres, en inventent de nouveaux. Tous ces styles permettent de jouer avec l’alphabet, d’ajouter des lignes brisées, des flèches et des motifs. Et donnent vie à des fresques de grande dimension, complexes et longues à réaliser, qui sont parfois de vrais chefs d’œuvre.

Du coup, on apprend à voir et à lire les graffs autrement, on cherche des lettres dans un volume coloré, on essaye de les rassembler, de les remettre dans l’ordre, de trouver le nom qui se cache derrière. Et c’est comme ça que l’on arrive enfin à décrypter un peu ce langage d’initiés, lorsqu’on réussit à reconnaître Smerf, Isma, Arnem, Gripa, Quorky, Sona, Smoka, Meyer et bien d’autres graffeurs dont on a si souvent croisé les pièces compliquées. «Le graffiti a tellement évolué que maintenant tout le monde mélange les différents styles», résume Persu, l’un des plus réputés à Nantes et connu dans toute la France.

Il pourrait avoir la grosse tête et l’égo démesuré, comme certains et comme partout. Il est au contraire d’une grande simplicité, très abordable et ouvert, d’une incroyable gentillesse et surtout vraiment très fort. Grâce à lui, on entre de plain-pied dans le vif du sujet. Surtout, on le regarde peindre et on est captivé.

 

"Je suis Francis Persu (c’est pas mon vrai nom). J’ai 21 ans, je suis né en 1991.

Petit, j’adorais dessiner des cow-boys. Puis, grâce au CP, j’ai appris à lire et à écrire, alors maintenant je dessine des lettres. Mais, comme je sais jamais trop quoi écrire, j’écris toujours mon nom, parce qu’il est super.

J’aime bien jouer au petit train, mais comme j’ai été méchant et que je rangeais jamais mes jouets, le Père Noël, qui est un peu justicier à ses heures perdues, m’a offert un casier pour que je puisse les mettre dedans. Du coup, maintenant j’y joue moins souvent, mais bon.

Dans la vie en général, j’aime bien les chats (même quand ils sentent pas bon), le catch, la musique country, faire des galipettes, les glaces et les boissons aux plantes."

Persu

 

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