Les premiers crews

En côtoyant des graffeurs, on se retrouve vite happé et embarqué dans leur monde ! On écoute des tas d’histoires et d’anecdotes, on découvre les petites guerres de territoire et les « toys », nom donné à ceux qui repeignent ou écrivent sur une peinture par provocation ou non-respect. On fait le lien avec les messages écrits laissés sous des fresques : « si tu repasses fais mieux » ! ou « Hey. Les toys. Ceci n’est pas un mur ‘libre’ ».

En sollicitant les plus anciens, on entend parler d’une époque où « il n’y avait pas de revues, seulement quelques reportages et des émissions de hip-hop à la télé », on voit combien des livres (« Subway Art », « Spraycan Art ») et des films (« Style wars », « Wild Style », « Beat street ») ont marqué les consciences et réveillé les bombes aérosols. Et l’on découvre que le graffiti est apparu à Nantes à la fin des années 1980. Formés en 1987, les deux premiers crews se nomment RP1 (pour « Ragga Posse One ») avec Snek et Sven, et LDN (« Les Déchireurs Nocturnes ») avec Lone, Sine et Keno, trois graffeurs venus des quartiers, qui créeront plus tard PDG (« Possédé Du Graff »).

On poursuit la recherche, on remonte le temps, on tombe sur Luis et Web’s. En 1990, du côté de Rezé, ils forment le crew ESC (« Expression Sans Condition ») et s’approprient les murs du Sud Loire, bientôt rejoints par Nasher et Easy, en attendant Shok. Lors de sorties nocturnes dans la rue puis de jour sur des terrains, ces premiers graffeurs ouvrent la voie des tags et des graffs à Nantes. «C’est le hip-hop qui m’a amené au graffiti, j’avais 14 ans. J’ai commencé par du vandale, sous les ponts, les voies ferrées, le tramway, un peu partout. Il n’y avait pas grand chose sur les murs à cette période. Après, j’ai choisi un blaze avec des lettres qui me plaisaient et j’ai fait des graffs», se souvient l’un d’eux. «Quand on commence, on ne peut plus s’arrêter. Il y a des gens qui ont besoin d’aller courir, nous on a besoin de graffer, c’est tout. On est dans un autre monde, dans une bulle, on ne pense plus à rien», explique un autre.

Parmi les représentants de cette « old school » (vieille école), la plupart ont aujourd’hui quitté Nantes ou cessé leur activité. Come, qui a fait partie de la première génération et a photographié tout ce qu’il pouvait au passage, a aujourd’hui tout arrêté. Mais il se souvient avec plaisir de son expérience. A l’inverse, Web’s est toujours là, bel et bien présent avec son lettrage en 3D si particulier et reconnaissable. Lui aussi ouvre de vieilles boites de chaussures, en sort des photos qui commencent à dater, raconte.

 

 

 

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