La Trocante

Les terrains vagues, les friches industrielles, les maisons et usines abandonnées sont des lieux parfois fréquentés par des curieux, des promeneurs du dimanche et des photographes en tous genres. Certains y cherchent les marques du passé enfoui sous la rouille et la poussière, perdu sous la végétation sauvage, caché sous la saleté et le désordre laissé. D’autres s’intéressent à l’architecture, à la mémoire d’un site, à ce qu’il en reste.

Dans tous ces endroits laissés à l’abandon, l’ambiance et l’odeur sont particulières. Souvent, des traces de vie font état d’occupations humaines éphémères. Des gens du voyage, des sans papiers, des exclus, des vagabonds… sont passés par là, s’y sont installés, y ont vécu comme ils ont pu, avant d’en partir ou d’être évacués. Des jouets, des matelas, des poussettes et des affaires en pagaille côtoient des bombes aérosols rouillées et des carcasses de voitures, des vêtements oubliés trainent par terre, des papiers et documents administratifs s’offrent au vent, des machines industrielles semblent figées dans le temps.

En s’y promenant, on mesure aussi qu’il y a autre chose, qui saute aux yeux et prend toute la place : là aussi, les tags et les graffs abondent. D’un site à un autre, ils sont à tous les étages et toits de bâtiments, partout où des murs abimés ou cassés vieillissent en solitaire, partout où il est possible d’écrire, de taguer, de bomber, de peindre.

Ces lieux en perdition présentent alors un tout autre visage, prennent une dimension différente, retrouvent vie grâce aux mots des murs et aux peintures. Il est difficile de faire un pas sans regarder autre chose. Sans rien y comprendre, mais parce que des fresques éclatent de couleurs et attirent le regard, on commence à photographier. Les murs, les sols, les plafonds, les escaliers et tout support susceptible d’accueillir marqueurs, bombes aérosols, peintures, pochoirs.

A noter que de nombreux squats, aujourd’hui détruits, ont vu leurs murs changer de couleurs depuis les années 1990. C’est le cas du « Traffico » (entrepôt qui se trouvait à la place de l’actuel Palais de Justice, utilisé en 1993 pour les Allumées de Naples), des anciens abattoirs et du « Graffiti Village » de Rezé (« un ensemble de bâtiments genre école, avec un petit gymnase »), et de « La Centrale » (usine désaffectée située sous le pont de Cheviré, près d’une centrale électrique). L’usine LU, avant qu’elle ne devienne Le Lieu Unique, a également fait partie des premières usines visitées par les graffeurs.

Le site des anciens chantiers navals (devenu « l’île de Nantes ») abritait notamment un spot baptisé « La Trocante » (l'actuel emplacement L’éléphant et les Machines), très fréquenté par les graffeurs. Retour en images.