La gare maritime

Nantes s’est inspirée de l’expérience lancée à Rennes en 2002 pour soutenir les graffeurs et les artistes de street art. En 2007, la Direction Enfance Jeunesse a mis en place un « Plan Graff », dispositif légal qui donne accès à des murs réservés pour la création. Pour la Ville, l’objectif est de « montrer la reconnaissance de cette pratique artistique et de donner un périmètre légal aux graffeurs ». Différents espaces (murs, palissades, piliers, ponts) sont ainsi mis à leur disposition, avec une règlementation adaptée à chaque site. Depuis le printemps 2012, des panneaux d’autorisation sont apposés sur ces murs pour une meilleure identification auprès de la population.

Actuellement, une dizaine de murs sont autorisés, appelés à évoluer en fonction des chantiers et constructions en cours, de la disparition de certains murs, de la recherche de nouveaux. Huit sont soumis à une demande d’autorisation délivrée par « Pick’Up Production ». Cette association culturelle, créée en 1999 et organisatrice du festival hip hop international « Hip’Opsession » depuis 2005, est missionnée par la Ville pour organiser ce « Plan Graff ». Tout pratiquant intéressé doit signer une charte d’engagement (qui incite notamment à « bannir les propos ou signe injurieux, partisans, religieux, racistes ou incitant à la haine ») et respecter le règlement édité par l’association avant d’obtenir une autorisation nominative.

Après plusieurs années de fonctionnement, « il n’a pas été relevé d’abus ou de dérives majeures. Les pratiquants se sont globalement bien adaptés au projet. On observe aujourd’hui une diversification des utilisateurs du plan graff, qui sont chaque année de plus en plus nombreux. De nouveaux pratiquants s’inscrivent régulièrement et les profils se diversifient de plus en plus (de tous quartiers et tous âges) », résume le communiqué de synthèse publié par la municipalité en mai 2012.

Selon les chiffres de Pick’Up Production », 139 jeunes se sont inscrits en 2009, 151 en 2010 et 184 en 2011. Ils sont près de 200 en 2012. « Certains graffeurs ne viennent pas car ils considèrent que le graffiti doit rester underground et dans l’ombre. Mais la plupart sont inscrits et ils sont de plus en plus nombreux. Nous avons de plus en plus de mineurs qui viennent avec leurs parents pour une autorisation. Cela répond bien à l’objectif du plan, qui permet de pratiquer légalement et de rendre les graffs visibles. C’est aussi plus facile pour les graffeurs de discuter sereinement avec les gens, d’expliquer leur pratique. Nous avons de très bons retours », précise Nicolas Reverdito, le directeur de Pick’Up.

Les graffeurs inscrits semblent s’y retrouver, le grand public aussi. Séduits, de nombreux Nantais ou promeneurs de passage s’arrêtent sur les sites autorisés, observent, commentent et/ou photographient les fresques et peintures qui en mettent souvent plein les mirettes. L’occasion de jolies promenades dans la ville, musée à ciel ouvert d’œuvres éphémères. La gare maritime, près de l'arrêt de tramway du même nom, en fait partie.