Du côté des Olivettes

Le crew Happy Family a fait parler de lui dans les années 2000, en s'appropriant le quartier des Olivettes, notamment la rue Perrault. Le graffeur Jiem raconte.

 

"Au tout début des années 2000, notre crew, le HF, s'approprie le quartier des Olivettes/La Madeleine. Il devient alors pendant quelques années notre quartier de prédilection. A deux pas du centre ville, à un arrêt de tramway de la Place du Commerce, nous y trouvons les conditions idéales pour peindre en pleine rue, aux yeux de tous. Contexte et situation inédites, à l'époque, pour Nantes. Et quand on y réfléchit, inédites même au vu de ce qui se fait aujourd'hui. C'était une époque bénie, avant que le quartier des Olivettes ne devienne ce quartier propre et aseptisé qu'il est aujourd'hui. Tout le symbole de cette ville de Nantes qui n'a pas su conserver ses quartiers populaires au centre ville.

Nous investissons donc le quartier en commençant par l'ouest, le long de la ligne de tramway, plus précisément par la rue Perrault. Un immense immeuble vide longe la rue d'un côté, on ne trouve alors dessus que quelques slogans bretons et tags au fat cap, notamment Dram et Come, particulièrement actifs à l'époque. Un dimanche après-midi, avec Takle, nous décidons de passer à l'action et de peindre en pleine rue deux chromes, un « Tibet » pour lui, un « Jiem » pour moi. La punchline autour de mon graff sera: « Vive les squats, vive La madeleine! », premier clin d'oeil aux habitants du coin, dont de nombreux squatteurs à l'époque. Notamment au bout de notre mur, sur cette fameuse rue Perrault, le « squat des Russes », le groupe de musique « Dobranotch » qui enflammait à l'époque les soirées dans le quartier Bouffay. Et au rez-de-chaussée, « Taï », qui accueille régulièrement les groupes de musique à la recherche d'un local de répétition.

Cette première action se passe sans encombres, on se dit alors que tout est possible... On y retourne dès la semaine suivante, avec les couleurs, en compagnie de Pécor et Deor, et c'est à ce moment que démarre vraiment « l'aventure de la rue Perrault ». Les fresques se multiplient, on rencontre beaucoup d'habitants, ravis de ces peintures sauvages, au culot, qui sont autant de déclaration d'amour au quartier. La Police, qui passe de temps en temps devant le mur, ne prend même pas la peine de s'arrêter pour nous contrôler... On est en terrain conquis, on a gagné, la rue nous appartient.

Pendant trois-quatre ans, et alors qu'on commence à investir en parallèle d'autres terrains vagues aux alentours aux côtés de Prajna ou Jéronimo par exemple, les couches de peinture vont se superposer dans cette rue Perrault, ou nous invitons régulièrement d'autres amis graffeurs sur « notre » immense mur. Puis, la menace des tractopelles et de la gentrification du quartier se fait de plus en plus forte. Les squatteurs sont expulsés, les ruelles nettoyées, les vieilles maisons démolies pour laisser place à de nouveaux habitats collectifs à loyers non modérés.

Vers 2006, notre mur est entièrement rasé, la plupart des autres terrains et le squat des Russes n'existent plus. Beaucoup d'habitants quittent le quartier, chassés par la hausse des loyers. De nouveaux commerces et leur clientèle bobo s'installent. Notre quartier des Olivettes n'est plus, mais symbolisera à jamais pour nous, le Nantes qu'on aimait, le Nantes populaire, chaleureux, le Nantes du graffiti spontané, libre et non encadré."

Jiem

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